GRATIEN CANDACE (1873-1953)

1939 - L’union fraternelle de tous les Français

lundi 26 avril 2004 par Dominique Chathuant
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Mardi 10 - Jeudi 12 janvier 1939 : Candace est réélu à la vice-présidence après une mise en ballottage face au député antisémite Xavier Vallat (ancien Croix-de-feu - Féd. rép. qu’on retrouve plus tard commissaire aux Questions juives à Vichy) :
« Ce ne fut que le surlendemain, et au 3e tour, que Gratien Candace, qui représentait la Guadeloupe, put retrouver sa vice-présidence, la seule qui était présidée par un homme de couleur. » [1].

Vallat rassemble 254 voix au 1er tour puis 193 au second. Candace prétexte un rappel au règlement pour demander la parole :
« - Messieurs, j’ai été élu l’an dernier vice-Président de la Chambre des Députés. J’ai cru aujourd’hui devoir laisser poser ma candidature, estimant que dans les circonstances actuelles, elle ne devait pas apparaître comme l’expression d’un groupe mais devait symboliser l’union fraternelle de tous les Français (applaudissements socialistes, communistes, radicaux et sur divers bancs)
Herriot (Président) : « - Ce n’est pas là un rappel au réglement Monsieur Candace. »
Candace : « - J’estime que la notion de l’Empire français, constamment présente à l’esprit de chacun de nous, peut se traduire par ma présence à ce fauteuil » (vifs applaudissements à gauche et sur divers bancs au centre).

Le jeudi suivant, après quelques tractations de couloir, la discipline de vote et le désistement de René Lebret (centre-gauche : USR - 206 voix) permettent à Candace de passer de 67 voix à 281. Il est réélu au 3e tour contre Vallat (200 voix de droite et du centre-droit) et applaudi par la gauche, communistes compris, et le centre-gauche. L’affaire illustre surtout l’union tactique de la gauche dans une dynamique de défense républicaine antifasciste. Il est difficile d’expliquer les suffrages communistes pour Candace autrement que par l’esprit né de la manifestation du 12 février 1934 (à laquelle il n’a pas participé). Bien que Candace ne soutienne pas le Front populaire, il est élu, en tant que représentant de l’Empire et en tant que républicain. Le désistement de Lebret peut donc s’expliquer par la volonté de placer un colonial à l’une des vice-présidences.

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1939 , mars - Candace, Galandiou Diouf, Monnerville et Cénac-Thaly s’associent à un meeting de la Ligue internationale contre l’antisémitisme (LICA devenue LICRA en 1979).

2 avril 1939 : Décret-Loi Marchandeau (maire de Reims, ministre de la justice) condamnant la diffamation raciale.
Quelques semaines plus tard, sur l’intervention des parlementaires coloniaux, après campagne du Cri des Nègres (Satineau), de l’Amicale des étudiants guadeloupéens, Amicale des étudiants martiniquais, Union des étudiants de France, fermeture du Victoria (47 Bd Saint-Michel) qui pratiquait la discrimination raciale.

Septembre 1939 - Candace, Galandiou Diouf, Monnerville et Cénac-Thaly participent au congrès international antiraciste de la LICA.

[1E. Bonnefous, 1968, p. 10.