GRATIEN CANDACE (1873-1953)

1912 - Député de la Guadeloupe

jeudi 26 avril 2001 par Dominique Chathuant
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1912 - à la fin de 1911, Candace soutient d’abord la candidature sénatoriale de Joseph Vitalien, un Guadeloupéen connu pour avoir été le médecin de l’empereur Ménélik d’Ethiopie.

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Cette candidature gène le radical métropolitain Henry Bérenger, qui voudrait faire de la Guadeloupe son siège d’élection. Candace mène d’abord une violente campagne contre Bérenger.
Le 7 décembre 1911, Gérault-Richard meurt, laissant vacant le siège de député dans la première circonscription de la Guadeloupe (la Basse-Terre ou Guadeloupe proprement dite).

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En Grande-Terre, les partisans de Légitimus cherchent un moyen d’échapper aux poursuites judiciaires.

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La pression du candidat-sénateur Bérenger s’accentue : il publie une liste de soutiens illustres sur laquelle figurent Aristide Briand, René Viviani, Eugène Étienne ou Alexandre Millerand. La position importante de ces soutiens permet de faire miroiter une échappatoire aux partisans de Légitimus s’ils acceptent de soutenir Bérenger. Un marché est donc passé entre eux et les amis de Bérenger. Vitalien est à son tour menacé et séduit. On lui propose un arrangement s’il accepte de se désister au second tour. Promesse est faite d’appeler les électeurs de Bérenger aux sénatoriales de janvier à soutenir Candace aux législatives de février. Le collège électoral est à la fois acheté, menacé et transporté au bureau de vote par les amis de Bérenger. Celui-ci est élu sénateur.

Candace est alors élu député. Il ne bénéficie pas d’un soutien solide compte tenu de la méfiance du patronat blanc-créole du Sud de la Guadeloupe.

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1912 - Depuis 1911, les socialistes restés indépendants du PS-SFIO (1905) de Jaurès se regroupent au sein du groupe parlementaire républicain-socialiste (centre-gauche). Candace vient rejoindre Hégésippe Légitimus inscrit dans ce groupe l’année précédente. Les républicains-socialistes prônent alors, une participation ouvrière au capital, la défense de la laïcité, des syndicats et des fonctionnaires. On retrouve au sein du groupe, des hommes comme Briand, Viviani, Joseph Paul-Boncour, Maurice Viollette, Camille Lenoir et Paul Painlevé. Le groupe est favorable à un octroi progressif des droits politiques à tous les indigènes des colonies, à l’arrêt des conquêtes (cf. Maroc, 1912) et pour l’instruction des populations coloniales en se fondant sur l’exemple des Vieilles Colonies (Guadeloupe, Martinique, Guyane Réunion). Le programme colonial rép.-soc. est le plus complet, comparé à ceux des autres partis. Le groupe est contre la lutte des classes, pour la socialisation progressive des moyens de production et pour la création de coopératives agricoles.

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1912 - 1ère rencontre Sarraut-Candace : à la chambre, Albert Sarraut (Rad. Soc.) vient serrer la main du Toulousain d’adoption.

8 juillet 1912 - Candace prend la parole pour la première fois en séance. C’est un peu tôt pour un jeune député. Il intervient après le socialiste martiniquais Joseph Lagrosillière pour prendre la défense du socialiste guadeloupéen Hégésippe Légitimus, accusé de fraude. Candace débute son discours en se présentant comme ayant la réputation d’être conciliant. Il déclenche l’hilarité de la Chambre en évoquant ses adversaires qui l’appellent Gros Doudou. On l’applaudit vivement. Le Président de la Chambre l’invite à continuer. Candace acquiesce de curieuse façon, déclenchant de nouveaux rires (et le malaise du lecteur d’aujourd’hui) : « Messieurs, il m’est d’autant plus facile de déférer à l’aimable invitation de notre président que je suis nègre ». « ...et très sympathique » ajoute paternellement Paul Deschanels du haut du perchoir.
Chaudement applaudi et encouragé par les députés, Candace dénonce la fraude, dont il a lui-même été victime.
« Je suis de ceux qui veulent sincèrement épurer le suffrage universel en Guadeloupe... ».
Il évoque les magistrats coloniaux indélicats et rapporte les agissements d’un président de bureau de vote : « Il avait opéré une substitution d’urnes presque sous les yeux des gendarmes ».
De nouveau, le Palais-Bourbon résonne des rires et exclamations déclenchés par Candace... qui est membre de la commission chargée de statuer sur la déchéance de Légitimus.